lundi 30 mars 2015

Le destin contrarié de François E., poilu de 1914

Lorsqu'il débarque le 19 juin 1914 à Ellis Island, François Eppherre, 37 ans, marié, natif de Géronce (Basses-Pyrénées), est sans doute loin de s'imaginer que son voyage en Amérique va tourner court. Il a embarqué au Havre à bord du paquebot France, deuxième du nom (sorti en 1912 des chantiers de Penhoët), une semaine auparavant après avoir traversé toute la France.

Une fois accomplies les formalités d'entrée aux États-Unis, il est certainement pressé de mettre cap sur l'Ouest où il se placera comme berger. En tout cas, à Ellis Island, il donne comme contact celui de Jean Mendiondo, un "pays" qui l'a précédé en 1905, lui aussi parti retrouver son frère Pierre à Reno (Nevada). Il faut compter alors cinq jours de train pour rallier New York à la côte Ouest.

L'émigration aux Amériques est un phénomène qui touche de nombreux cadets au Pays basque à partir du 19e siècle (François est le sixième d'une fratrie de dix). De 1832 à 1891, sur les 112 000 habitants que compte le Pays basque français, 80 000 ont émigré, soit une moyenne de 1330 par an ! On sait que François est marié, et peut-être père de famille, mais il a dû faire ce choix justement pour faire vivre les siens ...    

C'est là que son livret militaire nous réserve une surprise. Rappelé suite à la mobilisation générale du 2 août 1914, il rejoint son régiment à Pau le ... 4 août, soit à peine deux mois après être parti ! Ce soldat que l'armée décrit petit (1,57 m), yeux et cheveux châtain foncé et nez retroussé, est de la classe 1897. Ce qui veut dire qu'il a déjà effectué trois ans de service militaire (son livret précise qu'il est réserviste depuis le 1er novembre 1901). Oui mais voilà, la patrie est en danger et notre François revient au pays dare-dare pour la servir.

La campagne contre l'Allemagne (bel euphémisme !) durera pour lui du 4 août 1914 au 6 février 1919. Le 7, il est démobilisé définitivement et se retire à Géronce, son village natal. Il décèdera le 1er mars 1960 à Billère, près de Pau, à l'âge de 83 ans.

Il aura passé près de huit ans sous les drapeaux, et vu son rêve américain s'envoler ...

Acte de naissance de François Eppherre
L'an mil huit cent soixante-dix-sept, le trente janvier à huit heures du matin, par devant nous, Pierre Poey Noguez, Maire, Officier de l'état civil de la commune de Géronce, canton d'Oloron-Ste-Marie ouest, département des Basses Pyrénées, est comparu Eppherre Martin, laboureur, âgé de quarante-deux ans, natif de Barcus, domicilié à Géronce, lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin né aujourd'hui à une heure du matin dans sa maison sise au hameau de Géronce, de lui déclarant et de Tillous Marie, ménagère, âgée de trente-cinq ans, native d'Esquiule, son épouse, et auquel il a déclaré vouloir donner le prénom de François ; les dites déclaration et présentation faites en présence de Tapié-Dessus Henri
, instituteur, âgé de vingt-deux ans et de Cousté Pierre, charpentier, âgé de quarante ans, les deux domiciliés à Géronce ; et ont les père et témoins signé avec nous le présent acte de naissance, après qu'il leur en a été fait lecture.   
Dans la marge : décédé à Billère le 1er mars 1960 
Livret militaire de François Eppherre

vendredi 27 mars 2015

Où les prénoms suivent la tradition ... ou pas

Ramiro Arrue y Valle
Généalogistes sérieux, passez votre chemin, ce billet n'est pas pour vous...
Aujourd'hui, dernier jour d'une semaine bien remplie, notamment passée à retranscrire de nombreux actes de mes lointains cousins de Barcus et de Lanne, j'ai envie de vous parler d'un sujet plus léger : le choix des prénoms.

Très tôt, j'ai su que je devais le mien à une longue tradition familiale. En commençant cette généalogie, je me suis vite aperçue que celle-ci remontait au 18e siècle. Les aînés, du moins "mâles" de la famille Eppherre, s'appellent tous ou presque Dominique depuis 1725. C'est le cas de mon père et d'une bonne  douzaine de ses devanciers. Jean (le prénom de mon oncle) tient la corde. Pour les filles, la gagnante est sans conteste Marie mais ce n'est pas le propre de ma famille. En tournant les pages des AD du 64, j'ai pu constater qu'environ deux filles sur trois le portaient au 19e siècle. En somme, je suis une bonne synthèse...

Néanmoins, j'ai déjà évoqué ici ma rencontre avec une Scholastique dont le prénom m'avait intriguée. Depuis, j'ai trouvé une Euphrosine, dont la sainte patronne est une jeune chrétienne d'Alexandrie au 5e siècle qui choisit Dieu plutôt que le vieux mari imposé par son père (je résume).

Mais la palme des prénoms originaux dans mon arbre revient à ceux donnés par Thérèse Curutchet dite Eppherre (1798-1844) de Barcus. Petite dernière d'une fratrie de dix enfants dont six auront une descendance, elle épouse le 19 novembre 1822 un Jean Etchandy de Barcus du même âge qu'elle. Sur leur acte de mariage, il est dit marchand de laine. Les affaires ont dû être florissantes car sur les actes de naissance de leurs enfants, très vite il sont mentionnés comme rentiers...

Ensemble, ils auront sept enfants dont les prénoms dénotent une certaine originalité comparés à ceux de leurs nombreux cousins. Jugez-en plutôt : Bathilde (1823), Jean Marcel (1824), François Ildephonse (1826), Marie Julie (1827), Marianne Adélaïde (1829), Philippine (1831) et enfin Jean-Baptiste (1835).   

Et vous, votre "top list" des prénoms les plus surprenants ?
  
Acte de naissance de François-Ildephonse Etchandy
L'an mil huit cent vingt-six et le vingt-un janvier, par devant nous Joseph Laxague maire officier de l'état civil de la commune de Barcus, canton de Mauléon, département des Basses Pyrénées, est comparu Jean Etchandy, marchand de laine de ce lieu y domicilié, lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin né d'hier vers les huit heures du matin de lui déclarant et de Thérèze (sic) Curutchet son épouse, rentière, et auquel il a déclaré vouloir donner le prénom de François-Ildephonse. Les dites déclaration et présentation faites en présence de Bernard Cotiart, instituteur, âgé de trente un ans et de Pierre Dudoy, menuisier, agé de trente un ans aussi, les deux de ce lieu y domiciliés ; et ont les père et témoins signé avec nous le présent acte de naissance après qu'il leur en a été fait lecture.

dimanche 22 mars 2015

Quand elles faisaient Pâques avant Rameaux

Mauricio Flores Kaperotxipi
Le 22 mai 1833 à Aussurucq, Marie Lohitçun, âgée de 23 ans, épouse Pierre Dargain dit Laxalt, 32 ans, sous-lieutenant des douanes à Abense-de-Haut. Le lendemain, 23 mai, le même Pierre Dargain-Laxalt se rend à la mairie d'Aussurucq pour déclarer la naissance de sa fille Marie (ma trisaïeule) née le 20 ... soit deux jours avant le mariage de ses parents !

A quelques kilomètres de là, à Esquiule, Marie Etchantchu dite Espellet accouche le 5 avril de la même année d'un petit Pierre qui n'est pas son premier enfant. Elle avait d'abord eu un petit Arnaud, né le 18 novembre 1831, alors même que le mariage de ses parents, François Chabalgoity et Marie Etchantchu, avait été célébré ... la veille ! Malheureusement pour le jeune couple, ce premier-né ne vivra que douze jours.

La sagesse populaire a un dicton pour ça : faire Pâques avant les Rameaux. Mais dans les faits, cette pratique était assez courante et pas forcément mal vue. 

Marie-France Chauvirey, déjà citée , nous dit : "Les fiançailles ont été l'époque poétique de leurs amours. Le tutoiement, les baisers, un peu plus peut-être. La décence, la courtoisie au dehors, la liberté à l'intérieur. Liberté et non marivaudage puisque le mariage suivrait. [...] Puis le fiancé fut agréé par ses futurs beaux-parents qui, dès lors, lui laissèrent ouverte la porte de leur maison, même la nuit. [...]

L'eût-il abandonnée, on aurait dit d'elle "qu'elle avait perdu une petite plume de l'aile". Mais il l'a épousée."   

Acte de mariage de Pierre D'Argain et de Marie Lohitçun 
L'an mil huit cent trente-trois et le vingt-deux du mois de mai, par devant nous, maire et officier de l'état civil de la commune d'Aussurucq, canton et arrondissement de Mauléon, département des Basses Pyrénées, sont comparus Pierre D'Argain, âgé de trente-deux ans, né à Aussurucq, sous-lieutenant des Douanes françaises domicilié à Abense de Haut, canton de Tardets, fils majeur et légitime de Jean Dargain, sous-lieutenant des Douanes, retraité, ci présent et consentant, et de feue Engrace Etchetopé, décédée le vingt-quatre juillet mil huit cent vingt quatre, ainsi qu'il est inscrit dans le registre de l'état civil de la présente commune ; et Demoiselle Marie Lohitçun, âgée de vingt-trois ans, née à Aussurucq, cultivatrice, domiciliée à Aussurucq, fille majeure et légitime de Joseph Lohitçun, cultivateur et de Marie Etcheber, aussi cultivatrice, ci présents et consentants, lesquels nous ont requis de procéder à la célébration du mariage projeté entre eux et dont les publications ont été faites devant la principale porte de la maison commune, savoir la première le vingt-huit du mois d'avril mil huit cent trente trois à l'heure de midy (sic), et la seconde le cinq du présent mois, même heure et année ; les mêmes publications ont été faites à la commune de Abense de Haut, savoir la première le vingt-huit du mois d'avril mil huit cent trente trois et la seconde le quatre du présent mois, et d'après le certificat délivré par Monsieur le Maire d'Abense de Haut en date du dix sept du présent mois ; aucune opposition au mariage ne nous ayant été signifiée, faisant droit à la réquisition qui nous est faite après avoir donné lecture de toutes les pièces ci-dessus mentionnées et du chapitre VI du Code civil, intitulé du mariage, avons demandé au futur époux et à la future épouse s'ils veulent se prendre pour mari et pour femme ; chacun d'eux ayant affirmé séparément et affirmativement, déclarons au nom de la loi que Pierre D'Argain et Marie Lohitçun sont unis par le mariage. De tout quoi avons dressé acte en présence de Augustin Hargoien, instituteur du présent lieu, âgé de vingt-trois ans, de Pierre Etcheverry, âgé de trente-cinq ans, sous-lieutenant des Douanes, domicilié à Aussurucq, et de Jean Carrique, âgé de quarante huit ans cultivateur, et les trois domiciliés à Aussurucq, les témoins et les parties contractantes, et les pères des futurs époux, ont signé avec moi le présent acte après que lecture leur en a été faite.


Acte de naissance de Marie D'Argain
L'an mil huit cent trente-trois, et vingt trois du mois de mai, à dix heures du matin, par-devant nous Caldun, Maire et officier de l'état civil de la commune d'Aussurucq, canton et arrondissement de Mauléon, Département des Basses-Pyrénees, est comparu Pierre D'Argain, âgé de trente deux ans, sous-lieutenant des Douanes, domicilié à Abense-de-Haut, lequel nous a présenté un enfant du sexe  féminin née le vingt de ce mois à onze heures du soir dans la maison de Lohitçun du présent lieu, de lui déclarant et de Marie Lohitçun, son épouse, et auquel il a déclaré vouloir donner le prénom de Marie ; desdites déclaration et présentation faites en présence de Jean Carrique dit Baratchegaray, âgé de quarante huit ans, cultivateur, et de Arnaud Inchauspe, âgé de trente cinq ans, charpentier, et les deux domiciliés à Aussurucq. Après avoir donné lecture du présent acte, les témoins et le déclarant ont signé avec moi.



mardi 17 mars 2015

Nous vieillirons ensemble ...


Mauricio Flores Kaperotxipi
Pour mettre un point final à l'histoire de Scholastique, mon "héroïne" des deux précédents billets, je vais évoquer ici un phénomène que j'ai remarqué à travers la généalogie mais aussi au présent : les vieux couples se suivent souvent de manière très rapprochée dans la mort.

Ainsi de Scholastique Eppherre. Je venais de transcrire son acte de décès le 30 janvier 1870 à l'âge de 83 ans quand en tournant une page, je m'aperçus que son mari Bernard Chabalgoity en mourant le 30 octobre 1869 à l'âge respectable de 92 ans, l'avait précédée de ... trois mois jour pour jour ! Malgré une différence d'âge de neuf ans, ils auront vécu 48 ans ensemble. Sans descendance, sauf surprise.
 
Quelques jours auparavant, j'avais constaté la même chose avec le couple formé par Engrace Eppherre et Jean Curutchet dit Eppherre, nés respectivement vers 1753 à Barcus et 1746 à Saint-Just. Ensemble, ils auront huit filles et deux garçons et une quarantaine de petits-enfants en 52 ans de mariage. Pour être exacte, je n'ai pas trouvé leur acte de mariage mais leur fille aînée Marie Philippine héritière d'Eppherre (déjà évoquée ) étant née en 1781, je suppose qu'on peut dater leur union à 1780. Eux aussi sont décédés l'un après l'autre. Engrace est partie la première, le 27 septembre 1833 à 80 ans et Jean, deux mois après, le 30 novembre, à l'âge de 87 ans. 

Ne dit-on pas "unis jusqu'à ce que la mort vous sépare ?"      
     
Acte de décès d'Engrace Curutchet-Eppherre
L'an mil huit cent trente trois et le vingt-huit septembre vers les onze heures, devant nous Joseph Lengoust maire officier de l'état civil de la commune de Barcus, canton de Mauléon, département des Basses Pyrénées, se sont présentés les sieurs Jean-Pierre Aroix, sacristain âgé de cinquante quatre ans et Jean Hubert Roger, notre secrétaire, âgé de quarante huit ans, les deux de ce lieu y domiciliés, qui nous ont déclaré qu'Engrace  Eppherre épouse du sieur Curutchet, propriétaire négociant de laines, est décédée hier vers les huit heures du matin dans sa maison d'Eppherre, âgé de quatre vingts ans. Et les déclarants ont signé avec nous le présent acte après que lecture leur en a été faite.

 Acte de décès de Jean Curutchet dit Eppherre
L'an mil huit cent trente trois et le premier décembre vers les neuf heures, devant nous Joseph Lengoust maire officier de l'état civil de la commune de Barcus, canton de Mauléon, département des Basses Pyrénées, se sont présentés les sieurs Jean-Pierre Aroix, sacristain âgé de cinquante quatre ans et Bernard Cotiart, instituteur âgé de trente neuf ans, les deux de ce lieu y domiciliés, lesquels nous ont déclaré que Jean Curutchet Eppherre de Saint-Just, marchand de laines, veuf d'Engrace Eppherre, est décédé hier vers les onze heures du soir dans sa maison d'Eppherre, âgé de quatre vingt-sept ans et les déclarants ont signé avec nous le présent acte après que lecture leur en a été faite

lundi 16 mars 2015

La vie mystérieuse de Scholastique E., enfant naturelle (II)

Antonio Alba Burguillos
En généalogie, il faut toujours se méfier des hypothèses hasardeuses. Ainsi, mon précédent billet se concluait sur le postulat que le second mariage de Scholastique avait été arrangé. Elle, la fille naturelle de François cadet d'Eppherre de Barcus, aurait épousé le frère plus âgé d'un neveu par alliance...

Aujourd'hui j'ai découvert qu'il n'en était rien. En effet, Bernard Chabalgoity (ou Çabalgoiti selon les différentes orthographes rencontrées) est né le 22 avril 1777 (j'ai trouvé son acte de baptême) à Etchebar, un petit village de montagne connu pour ses stèles mortuaires discoïdales typiques du Pays basque. De son côté, Arnaud Chabalgoity, né vers 1784, était lui natif d'Esquiule, village limitrophe de Barcus. Ma conclusion était donc aussi hâtive que fausse !

En revanche, à force de persévérance (la généalogie apprend à la fois l'humilité et la patience ...), j'ai  trouvé l'acte de décès de ma Scholastique devenue au fil des années Marie (un prénom un peu dur à porter peut-être ?)

Elle est morte à l'âge de 83 ans, à Etchebar, où elle avait dû assez logiquement suivre son second époux, dans la maison de Sallaber où elle était locataire selon l'acte (voir ci-dessous). J'ignore ce qu'a été sa longue vie, j'ai eu beau éplucher les archives de Barcus et d'Etchebar, je ne lui ai trouvé aucun autre enfant né après la petite Engrace, décédée prématurément...

En revanche, elle a eu deux demi-sœurs car sa mère, la belle fileuse de Barcus, Engrace, a eu de son mariage avec le sieur Jean Moléon (de huit ans son cadet !) au moins deux filles, Élisabeth et Pauline.


A suivre ...
Acte de décès de Marie Eppherre
L'an mil huit cent soixante-dix, le trente-un du mois de janvier, à huit heures du matin, par devant nous, Maire, officier de l'état civil de la commune d'Etchebar, canton de Tardets, département des Basses-Pyrénées, sont comparus Arnaud Libilbehety dit Mendy, âgé de quarante-neuf ans, et Jacques Errecalt, âgé de quarante-deux ans, les deux cultivateurs à Etchebar, lesquels nous ont déclaré que le trente du mois courant, à cinq heures du soir, Epherre Marie, âgée de quatre-vingt-trois ans, locataire, veuve de Chabalgoïty Bernard, est décédée en la maison de Sallaber du présent lieu, ainsi que nous nous en sommes assuré, et les déclarants ont signé avec nous le présent acte, après que lecture leur en a été faite.     

samedi 14 mars 2015

La vie mystérieuse de Scholastique E., enfant naturelle

Valentin de Zubiaurre
J'aurais pu intituler ce billet "Ce que je sais de Scholastique Eppherre". Mais alors il aurait fallu que je le complète d'un "Tout ce que je ne sais pas à propos de Scholastique Eppherre..." Déjà le prénom interpelle, jamais rencontré ni avant ni depuis. Un prénom original, rare même pour l'époque, et qui fait référence à une sainte italienne du VIe siècle, sœur jumelle de Saint Benoît.

Commençons par le début. La première fois que j'ai rencontré notre Scholastique, lointaine cousine du côté de Barcus, c'était sur son acte de mariage avec Pierre Heguitchoussi le 17 février 1814. Elle a environ 21 ans, elle est tisserante (sic) et vit dans la maison Eppherre. Là où ça devient intéressant c'est qu'elle y est déclarée comme fille illégitime de François cadet d'Eppherre et d'Engrace Uthurburu, journalière. Le 1er octobre 1815, le jeune couple (enfin lui était âgé de 41 ans !) a une fille, prénommée Engrace comme sa grand-mère, qui décèdera le 18 décembre 1815 à l'âge deux mois (lire l'article sur la mortalité infantile ). Je n'ai pas trouvé d'autre enfant après elle.

Curieusement, je retrouve la trace de Scholastique dans un second acte de mariage en date du 3 mars 1821. Elle épouse un certain Bernard Chabalgoity, cultivateur de Barcus, âgé de 43 ans. Elle est dite "enfant naturelle" de François Eppherre. Premier mystère : je n'ai pas à ce jour retrouvé l'acte de décès de son premier mari. Comme je doute qu'elle ait été bigame ou divorcée, c'est étrange. Deuxième mystère : je n'ai trouvé non plus aucune descendance avec ce second époux ni l'acte de décès de l'un ou de l'autre. Je continue à chercher et espère pouvoir apporter un jour une suite à cette histoire...

Néanmoins, j'ai fait quelques découvertes sur la famille de Scholastique. J'ai trouvé l'acte de décès de sa mère Engrace, à l'âge de 78 ans, le 9 février 1832. Elle y est dite mariée à un certain Jean Moléon. Plus surprenant, j'ai également trouvé l'acte de mariage daté du 29 janvier 1821 d'un autre fils d'Engrace, Jean, âgé de 26 ans, né de père inconnu ! 

En résumé, Engrace Uthurburu, fileuse de son état selon son acte de décès, a eu deux enfants hors mariage, Scholastique à 23 ans et Jean à 30 ans, avant de se marier avec Monsieur Moléon. Autre anecdote, dans la maison Eppherre une "nièce" de Scholastique, Marie Anne Curutchet dite Eppherre s'est mariée avec Arnaud Chabalgoïty qui m'a tout l'air d'être un frère du deuxième mari de sa "tante"...

De là à en conclure que le mariage a été arrangé entre une fille "illégitime", jeune veuve, et travaillant probablement pour la famille (elle était tisserande, sa mère fileuse, et les Eppherre marchands de laine) avec un parent par alliance plus tout jeune, il n'y a a qu'un pas ...   




Acte de mariage de Scholastique Eppherre et Bernard Chabalgoity
Aujourd'hui trois mars mil huit cent vingt-un devant nous Armand Jean D'Arthez, maire de la commune de Barcus, se sont présentés le Sieur Bernard Chabalgoity d'Etchebar, fils légitime de Bernard Chabalgoity & Marianne Goyhenex du même lieu y domiciliés d'une part ; & Scholastique Eppherre, cultivatrice, du présent lieu, âgée de vingt huit ans, fille naturelle de François Eppherre & d'Engrace Uthurburu du même lieu d'autre part ; lesquels en présence des Sieurs Jean-Pierre Hegoburu aubergiste âgé de trente sept ans, de Pierre Tillac cordonnier, âgé de quarante ans, de Jean Hubert Roger notre secrétaire, âgé de trente six ans, de Joseph Eyrato horloger, âgé de soixante deux ans, tous du présent lieu y domiciliés, non parents ni alliers des contractants, nous ont requis de procéder à la célébration de leur mariage dont les publications ont eu lieu à Barcus les dimanches onze et dix huit février ainsi qu'à Etchebar suivant l'attestation de Monsieur le Maire de cette commune [...] Vu que nulle opposition n'a eu lieu, vu encore que le futur époux peut agir de lui-même attendu qu'il n'a ni père ni mère & que la future épouse procède (?) du consentement de la mère ici présente et stipulante, seulement elle parce qu'elle n'est point reconnue par son père, faisant droit à la réquisition [...] nous leur avons demandé s'ils veulent se prendre pour mari et pour femme, chacun ayant répondu séparément et affirmativement nous avons prononcé au nom de la loi que Bernard Chabalgoity et Scholastique Eppherre sont unis en mariage [...]      

mercredi 11 mars 2015

Vie et mort d'un soldat de la guerre de 1870

Émile Betsellère
Le sujet de ce billet risque encore de "plomber l'ambiance" après celui sur la mortalité infantile mais difficile de s'intéresser à ses ancêtres du 19e siècle sans tomber sur un acte comme celui qui suit. On y apprend que Dominique Eppherre, âgé de 21 ans, est décédé des suites d'une méningite à l'hôpital d'Avignon. J'ignore où était cantonné le 76e régiment d'infanterie de ligne auquel appartenait ce soldat au nom si familier, au moment de la guerre franco-prussienne de 1870. Peut-être mon jeune aïeul y faisait-il ses classes avant d'être envoyé au front ? C'est vrai qu'on aurait aimé en savoir plus sur les circonstances de sa mort, et si, ce que l'acte de décès ne précise pas, son corps fut rendu à sa famille ou enterré en Avignon. Nous nous contenterons donc de ce document officiel signé par l’administration de l'hôpital, contresigné par les autorités militaires et visé par le maire de la commune de Barcus.

Pour lui rendre un peu de son humanité, je préciserai que ce jeune conscrit était le troisième né d’une fratrie de neuf enfants dans la maison Larrascaburu de Barcus, fils d'Engrace Loge et de Jean Eppherre dit Larrascaburu, laboureur. Il avait quatre sœurs et quatre frères.
Voilà ce qu'écrit Marie-France Chauvirey (in La vie au Pays Basque au temps de Napoléon III et d'Eugénie, Editions Cairn) à propos du Basque et de son rapport à l'armée : "L'uniforme français (ou espagnol) n'a nul prestige à ses yeux ; il ne répugne ni au hasard, ni au danger ni au combat mais la discipline militaire le terrifie [...]. Les Basses-Pyrénées arrivent alors en tête de l'insoumission nationale, avec deux cinquièmes, un tiers et parfois la moitié des insoumis de France. [...]. Et de préciser que le Ministre de la Guerre ordonna de refuser leur passeport aux garçons dans leur dix-neuvième année pour leur éviter de fuir à l'étranger et d'émigrer ...        

Acte de décès de Dominique Eppherre
Extrait mortuaire Hôpital civil d'Avignon
Du registre de décès du dit hôpital a été extrait ce qui suit : Le sieur Eppherre Dominique soldat au 76e Régiment de Ligne 3e Bataillon, 1ère Compagnie [ill] sous le n° 3848, né le 17 juin 1848 à Barcus, canton de Mauléon, département des Basses Pyrénées, fils de Jean et Engrace Loge, est entré au dit hôpital le trente et un du mois de janvier de l'an 1870 et y est décédé le treize du mois de février de l'an 1870 à sept heures du soir par suite de méningite.
Je soussigné, officier d'administration, comptable du dit hôpital certifie le présent extrait véritable et conforme au registre de décès du dit hôpital.
Nous, sous-intendant militaire chargé de la police de l'Hôpital d’Avignon, certifions que la signature ci-dessus est celle de M. Auguste Farge, et que Foi doit y être accordée.
Fait à Avignon le 18 du mois de février 1870
Pour copie conforme, le Maire de Barcus.

lundi 9 mars 2015

Quand la mortalité infantile frappait ici comme ailleurs

Christian Krohg-Sovende
Marie Philipine Curutchet, héritière Eppherre de Barcus et son mari Arnaud Behety, cadet de Garindein, ont eu ensemble - sauf omission - huit enfants entre 1809 et 1825. Parmi eux, seuls trois atteindront l'âge adulte. Marie, née en 1811 est décédée en 1813 à l'âge de deux ans et demi, trois mois après sa petite sœur Marianne qui elle n'aura vécu qu'un peu plus de deux mois. Jean-Baptiste, mort en 1825, n'atteindra jamais ses sept ans. Quant à l'année suivante, 1826, elle fut également meurtrière puisqu'en moins de deux semaines de février, disparurent la petite Thérèse de cinq ans et la dernière née de la famille, également prénommée Marianne âgée de quatorze mois. 

Cette situation n'a rien d'exceptionnel dans la France de la première moitié du 19e siècle. Selon les calculs du Docteur Bertillon, à l'origine d'une classification des causes de décès en France publiée en 1893, le taux de mortalité infantile dans les années 1860 est de 22%. Plus d'un enfant sur cinq. Avant un an, les maladies infectieuses comme le croup font des ravages et emportent plusieurs enfants d'une même fratrie. A cela s'ajoutent les accidents domestiques... Enfin, dans les campagnes et c'est particulièrement le cas au Pays basque, les superstitions font que l'on se fie d'abord au rebouteux, voire aux prières à un saint, avant de faire appel au médecin qui arrive souvent trop tard au chevet de l'enfant.. 
Selon les calculs du docteur Bertillon, le taux de mortalité infantile en France dans les années 1860 est de 22 % - See more at: http://www.histoire-image.org/site/etude_comp/etude_comp_detail.php?i=109#sthash.p7ScSlDJ.dpuf
Selon les calculs du docteur Bertillon, le taux de mortalité infantile en France dans les années 1860 est de 22 %. - See more at: http://www.histoire-image.org/site/etude_comp/etude_comp_detail.php?i=109#sthash.p7ScSlDJ.dpuf
Selon les calculs du docteur Bertillon, le taux de mortalité infantile en France dans les années 1860 est de 22 %. - See more at: http://www.histoire-image.org/site/etude_comp/etude_comp_detail.php?i=109#sthash.p7ScSlDJ.dpuf

Actes de naissance et de décès de Marianne Behety dite Eppherre 
Le vingt janvier mil huit cent treize, par devant nous Jean Zacharie Roger maire de la commune de Barcus & Arambeaux et en cette qualité, officier public pour constater les actes civils de cette commune, arrondissement de Mauléon, département des Basses Pyrénées, soussigné, s'est présenté le sieur Arnaud cadet de Behety de Garindein dit Eppherre, cultivateur majeur de la présente commune domicilié dans la maison d'Eppherre, disant que Philipine héritière d'Eppherre, son épouse légitime en mariage, a accouché hier vers les deux heures du matin dans la dite maison d'Eppherre d'un enfant femelle (sic) à laquelle on a imposé le nom de Marianne. La présente déclaration nous a été faite en présence des Sieurs Pierre Duthurburu, armurier, âgé de quarante cinq ans, domicilié dans sa maison d'Elissagaray et de Pierre Etchandy, instituteur, âgé de quarante quatre ans domicilié dans sa maison de Naçaburu, qui ont signé avec nous maire et ledit Behety père déclarant après lecture faite de l'acte.

Le cinq avril mil huit cent treize par devant nous Jean Zacharie Roger maire de la commune de Barcus, et en cette qualité, officier public pour constater les actes civils de cette commune, arrondissement de Mauléon, département des Basses Pyrénées, soussigné, a été représenté vers onze heures du matin le corps mort d'un enfant femelle (sic), nommée Marianne, décédée hier vers les sept heures du soir dans la maison d'Eppherre  de la présente commune, qui fut née le dix neuf janvier dernier, fille légitime d'Arnaud cadet de Behety de Garindein et de Philipine héritière de Curutchet-Eppherre, de la présente commune, laditte représentation nous a été faite en présence des sieurs Alexis Aroix, cultivateur âgé de soixante sept ans, domicilié dans sa maison d'Aroix, et de Pierre Etchandy, secrétaire de la mairie, âgé de quarante quatre ans, domicilié dans sa maison de Naçaburu, qui ont signé avec nous maire et le dit Behety, père de la décédée, après lecture faite de l'acte.

vendredi 6 mars 2015

Où le premier voisin joue un rôle primordial

Mauricio Flores Kaperotxipi
Une autre découverte que j'ai faite quand j'ai commencé à fouiller dans les actes numérisés des archives départementales des Pyrénées Atlantiques, c'est que lors d'une naissance ou d'un décès, ce n'étaient pas les membres de la famille qui en faisaient la déclaration mais les plus proches voisins. Il m'est arrivé au début de m'agacer de ce que l'on mentionne leur âge dont je n'avais que faire alors que je n'avais même pas celui de la mère lorsqu'il s'agissait d'un nouveau né (quand elle était seulement mentionnée !).

Depuis, je vois mieux l’intérêt d'en savoir un peu plus sur les voisins de mes ancêtres (dis-moi qui tu hantes, je te dirais qui tu es ...) lorsque mention est faite de leur profession par exemple. Ainsi, alors qu'à Aussurucq ou Alçay, on trouve surtout des laboureurs ou agriculteurs, à Barcus, plus gros bourg, il est question de menuisiers, armuriers ou autres cabaretiers.

J'ignore si dans d'autres régions de France ce phénomène se retrouve mais voilà ce qu'écrit Marie-France Chauvirey (in La vie d'autrefois en Pays Basque - Ed. Sud Ouest) : "Le premier voisin n'habite pas toujours le plus près ni même très près. L'usage veut que sa maison soit entre la vôtre et celle de l'église [...] C'est lui, averti avant tout autre que la mort vient de frapper, qui accourt avec sa famille pour prendre en charge les tâches domestiques et rurales afin que la famille ne soit pas distraite de son chagrin et de ses prières, ainsi que pour présider au rituel des funérailles. Protecteur et garant dans les événements importants (fiançailles, mariage, ouverture de testament), le premier voisin ne saurait, fût-il fâché à mort, faillir à son rôle."

Et à présent, un exemple parmi d'autres :


Acte de décès de Jean Eppherre
L'an mil huit cent vingt six et le vingt sept février par devant nous Joseph Laxague maire de Barcus officier de l'état civil ce lieu, canton de Mauléon, département des Basses Pyrénées, sont comparus Jean-Pierre Aroix, sacristain, et Pierre Uthurburu, armurier de ce lieu, y domiciliés, lesquels nous ont déclaré que Jean Eppherre, cultivateur du présent lieu, âgé de soixante quatre ans, époux de Marie* (!) Larrascaburu aussi de ce lieu, est décédé hier dans sa maison de Larrascaburu  et les déclarants ont signé avec nous le présent acte après que lecture leur en a été faite.
*Elle s'appelait en fait Magdeleine !

          

mardi 3 mars 2015

Où l'on découvre où se cachait la maison Eppherre

Mauricio Flores Kaperotxipi
A un moment donné, tout généalogiste amateur se retrouve dans une impasse. C'était mon cas en début de semaine. Pour varier les sources de recherches, je suis allée faire un tour du côté des registres de recrutement. Une mine de renseignements ce site, à se demander comment vont faire les généalogistes des générations futures vu qu'on a supprimé le service militaire...
Bref, j'ai retrouvé la trace d'une petite vingtaine d'Eppherre, la plupart d'Aussurucq et d'Alçay, déjà connus, quelques-uns du Béarn (branches non encore explorées) et un certain Pierre Eppherre né en 1860 à Barcus. Comme un chien qui trouve un os à ronger, me voilà donc repartie dans les archives départementales à fouiller cette fois les registres de Barcus pour reconstituer la lignée de ce malheureux (pour la petite histoire, il a été arrêté le 18 novembre 1885 par le tribunal correctionnel pour délit de vol puis recherché par l'armée pour insoumission...). 
Et là, bingo ! (eh oui la généalogie peut donner des montées d'adrénaline !), je découvre enfin la maison Eppherre que je recherchais depuis mes débuts de cette passion dévorante. Mille excuses à mes ancêtres que j'ai précédemment traités de "coucous", l'etxondoa Eppherre a bien existé mais à Barcus. Quand j'ai fait part de cette trouvaille à mon père, avec son humour flegmatique basque (si, si, ça existe...) il m'a répondu : "Oui, ça ne me surprend pas. Alçay, Barcus et Aussurucq pour notre branche, sont les noms qui revenaient dans la famille. Tu m'aurais dit que tu l'avais retrouvée dans le Tarn, tu m'aurais surpris".  
A ce stade, pour plus de clarté dans la géolocalisation, j'ai ajouté une carte de la Soule très bien faite empruntée à Philippe Etchegoyhen (in Mémoires souletines, éditions Elkar) que j'ai rajoutée à ce blog. En l'état actuel de mes recherches, le plus ancien propriétaire de la maison Eppherre de Barcus est un Dominique (tiens, tiens...) né autour de 1726*. Son héritière, Engrace, (ca 1753-1833) a vécu jusqu'à 80 ans. J'aurais l'occasion de revenir sur sa descendance dans laquelle j'ai découvert mes premières jumelles... Son frère cadet Jean (ca 1765-1826) est le grand-père du conscrit Pierre qui m'aura permis de retrouver notre maison souche. Grâces lui en soient rendues !
* Il apparaît comme témoin dans un acte de décès d'un voisin le 26 Fructidor an II (12 septembre 1794) où il est précisé qu"il est âgé de 67 ans. 
PS : J'ai retrouvé entre temps son acte de décès, il est mort en 1816 à l'âge de 90 ans !