dimanche 30 août 2015

Elle s'appelait Marie-Anne Etchemendy

©Archives familiales/Mdep
Elle s'appelait Marie-Anne Etchemendy. Un nom d'héroïne de roman. C'était ma grand-mère, et je l'ai si peu connue. Aujourd'hui, j'ai pris le bus et je suis passée pas très loin de la dernière adresse où elle avait vécu à Bordeaux. Rue Lecoq, juste derrière la caserne des pompiers. C'est bizarre d'être revenue vivre dans cette ville où une page de l'histoire de ma famille a été écrite.

Pendant longtemps, les seules images que j'avais de ma grand-mère étaient celles d'une femme de forte corpulence, gentille, douce et éternellement malade. Malade de la tête, c'est ce qui se disait d'elle. Je me dis qu'elle était peut-être bipolaire mais à l'époque, on ne savait pas trop de quoi elle souffrait. Langueurs, dépression chronique, troubles du comportement...

Aussi loin que je me souvienne, je revois le visage de mon père barré de rides soudaines lorsqu'il s'entretenait avec un mystérieux interlocuteur au téléphone. Puis les messes basses que mes parents faisaient entre eux avant les départs précipités de mon père. Tant qu'elle a été capable de vivre seule, dont la dernière fois dans ce petit appartement bordelais où je lui ai rendu de trop rares visites, il fallait suivre ma grand-mère de près.

Parfois, elle errait dans les rues, prenait un train et repartait sur les traces de son enfance. Papa lâchait tout et partait la chercher. Nous, les enfants, nous ne comprenions pas grand chose, juste que notre grand-mère donnait bien du souci à nos parents. Un jour, les adultes ont décidé qu'elle ne pouvait plus être laissée sans surveillance et elle est partie vivre chez mon oncle et ma tante à Anglet. Plus tard, on l'a placée "dans une maison".

C'est un des rares souvenirs que je garde d'elle. Assise sur un banc, l'air absent, vêtue d'une robe à fleurs en tissu indéfroissable qu'une de ses belles-filles lui avait offerte. Je ne me souviens pas de ce qu'on se disait, à l'époque c'était pour nous une corvée que d'aller la voir les dimanches dans un de ces endroits qui vous filaient le bourdon.

Elle est morte l'année de mes dix-neuf ans d'une encéphalite virale. La tête encore. Je passais des examens et j'avoue que je me rappelle à peine cet événement. Juste que l'ai vue sur son lit de mort et que longtemps, l'image de son masque mortuaire m'a hantée. Aujourd'hui, j'aimerais en savoir plus sur sa vie.

Une de ses nièces m'a dit récemment qu'elle se la rappelait plongée des journées entières dans les livres. Au fond, c'est peut-être ça qu'elle m'a transmis, cet amour de la lecture. Il ne reste plus non plus beaucoup de photos d'elle, ni de mon grand-père d'ailleurs. J'aime bien celle-ci, elle s'est effacée avec le temps mais on y devine une famille. Le père, la mère et leurs deux petits garçons, un blond et un brun.

J'ignore si Marie-Anne était heureuse à ce moment-là. Je ne saurai jamais si elle l'a été un jour...