jeudi 24 septembre 2015

Une photo vieille de cent ans


©Archives familiales/Mdep
En fin de compte, comme je l'ai écrit récemment à une autre "généablogueuse", rien ne vaut la tradition orale. Forte de ce constat, je suis allée voir cette semaine une autre cousine germaine de mon père qui habite à Bordeaux. Elle m'a promis de rechercher de vieux documents d'époque et en attendant, elle a bien voulu me confier cette photo. Une photo dont mon père m'avait raconté l'histoire.

Elle a été prise en 1915 à Saint-Jean-le-Vieux (autrefois Basses-Pyrénées). Le père de famille est à la guerre et pour lui, pour qu'il emporte un peu d'eux dans son paquetage, son épouse prend la pose avec ses enfants. Ils sont cultivateurs, autant dire que l'événement est rarissime. Ils ne sont pas bien riches mais chacun a sorti ses habits du dimanche pour l'occasion et les trois fillettes arborent un beau nœud blanc dans leurs cheveux bien peignés.  

La petite fille sagement assise sur la chaise, c'est ma grand-mère paternelle, que j'ai déjà évoquée, Marie-Anne. Elle a trois ans (elle est née le 18 juin 1912). Celle qui pose délicatement sa petite main sur le bras de son ama, c'est Eléonore-Marie que tout le monde appelle Maddy. Elle a quatre ans. La "grande" à l'air grave, comme si elle comprenait tout l'enjeu de ce moment inhabituel, c'est Dominica, six ans. Le petit garçon derrière ma grand-mère c'est Bernard (Beñat en basque), deux ans, et le dernier né sur les genoux de sa mère, Martin.

Après eux, la famille s'agrandira pour accueillir une autre fille puis un dernier garçon. Mais j'y reviendrai. Arrêtons-nous un instant sur le père de famille, mon arrière-grand-père, Jean Etchemendy, celui-là même dont j'ai retrouvé la trace récemment. Comme tant d'autres, il est sous les drapeaux. Penchons-nous un instant sur son livret militaire.

Né le 12 mars 1877, il appartient à la Classe 97. Il a été tiré au sort avec le n°53 dans le canton de Saint-Jean-Pied-de-Port mais son incorporation est ajournée par deux fois pour défaut de taille : il mesure 1,53 m ! Il en profite alors pour partir tenter sa chance en Californie...

En 1915, au moment où est prise la photo, il est finalement reconnu apte au service armé. En 1917, il est réformé temporairement pour "asthme et bronchite chronique" puis définitivement en 1919 pour "bronchite emphysémateuse" avec une invalidité de 30%. Je suppose que comme beaucoup de poilus, il a été gazé. Il est dégagé des obligations militaires en 1923, et mourra peu après des séquelles de la guerre...

samedi 19 septembre 2015

Où je m'attaque à la branche Etchemendy

Ramiro Arrue y Valle
Il aura fallu une soirée avec mon père et une de ses cousines germaines pour que je puisse enfin trouver le fil qui me reliait à une nouvelle branche de mes ancêtres basques. De leur grand-père maternel commun, Dominique et Jeanne ne savaient pas grand chose. Qu'il se prénommait Jean, était né du côté de Saint-Jean-le-Vieux, et s'était marié avec Gratianne Urritzaga, native de Valcarlos, de l'autre côté de la frontière (aujourd'hui on dirait Pays basque sud).

Et puis après quelques échanges, Papa s'est exclamé : "tu devrais regarder du côté de Behorleguy ou de Mendive". Aussitôt dit, aussitôt fait, l’insomniaque que je suis se relève la nuit suivante pour s'attaquer aux archives de ces deux villages. Des Etchemendy en pagaille (c'est un nom très courant, je m'en étais déjà aperçue à travers une alerte sur Geneanet), et déjà quelques Jean Etchemendy. Mais lequel était le mien ? 

Et bien sûr, pas de tables décennales dans ces communes qui m'auraient fait gagner du temps. Les généalogistes amateurs ont heureusement de l'intuition, je resserre ma recherche sur une période donnée et sur Mendive, et repère trois familles Etchemendy potentielles. Puis je vais me recoucher...

Le lendemain, je reprends ma quête et trouve à deux mois d'intervalle, deux actes de naissance de deux Jean Etchemendy dont un qui m'avait échappé la veille. Et béni soit le scrupuleux officier d'état civil de Mendive qui a eu la bonne idée d'indiquer dans la marge les dates de mariages de ses concitoyens ! Le "mien", mon arrière-grand-père donc, est né le 12 mars 1877 dans la maison Cubiatia, et s'est marié le 30 septembre 1908 à Saint-Jean-le Vieux avec Gratianne Urritzaga.

La vraie surprise, y compris pour mon père, est que le père de Jean, Martin Etchemendy (né ca 1842) était espagnol, natif lui aussi de Valcarlos ! J'ai en effet trouvé son acte de mariage à Mendive le 4 février 1873 avec une certaine Izabelle Esponda. Ainsi donc, mes racines ibériques (mes quatre arrière-grand-parents du côté de ma mère sont d'origine espagnole) sont encore plus marquées que je ne le pensais ! La généalogie c'est génial, à travers ses racines, on fait des découvertes sur soi-même...

L'an mil huit cent soixante-dix-sept, le douze du mois de mars, à neuf heures du matin par devant nous, Maire et Officier de l'état civil de la commune de Mendive, canton de St-Jean-Pied-de-Port, département des Basses-Pyrénées, est comparu Martin Etchemendy, âgé de trente trois ans, laboureur, domicilié à Mendive, lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin, né le matin à six heures dans la maison Cubiatia, de lui déclarant et de Izabelle Esponda, âgée de trente-six ans, ménagère, son épouse, et auquel il a déclaré vouloir donner le prénom de Jean, lesdites déclaration et présentation faites en présence de Pierre Errecalde, âgé de soixante ans, charpentier, et de Pierre Loustau, âgé de trente-six ans, instituteur, les deux domiciliés à Mendive, et n'ont le père ni le premier témoin signé avec nous le présent acte de naissance, après que lecture leur en a été faite, pour ne savoir écrire, de ce requis par nous.   

Dans la marge : Par acte à la date du 30 7bre 1908, à St-Jean-le-Vieux, Etchemendy Jean dont la naissance est constatée dans l'acte ci contre, a contracté mariage avec Gratianne Urritzaga.