vendredi 13 novembre 2015

Vie et mort de trois poilus nés dans le même village (II)

Le frère aîné de Michel Eppherre, Dominique (1884-1944) avait épousé à Aussurucq le 24 novembre 1909 Jeanne Etchart (1886-1960) de la Maison Larraquia. Ensemble, ils auront onze enfants mais au moment de la mobilisation, ils en ont déjà trois, dont le futur chanoine Guillaume Eppherre (1911-1974) et Mayanna (1913-2014), une centenaire en devenir que j'évoquerai peut-être un jour...  

Jeanne aussi a perdu un petit frère au cours de la Grande Guerre dont le nom figure sur la plaque commémorative de l'église, Né le 20 janvier 1894, Arnaud Etchart est le fils de Guillaume Etchart et d'Engrâce Hidondo du même village d'Aussurucq. Son livret militaire nous apprend qu'il est d'abord réformé le 2 juillet 1914 pour "faiblesse". Mais la guerre éclate et il est finalement incorporé en même temps que Michel Eppherre, frère de son beau-frère donc, le 16 septembre suivant.

Il passe par le 170e régiment d'infanterie en tant que soldat de 2e classe, devient 1ère classe le 27 septembre 1915 et rejoint le 21 janvier 1916 le 42e RI* dit "L'as de carreau". Toujours d'après le site Chtimiste, les casernements de ce régiment sont alors regroupés à Belfort et à Giromagny (Territoire de Belfort). En août 1916, Arnaud Etchart prend part avec ses camarades à la bataille de la Somme. Il décède des suites de ses blessures le 24 août 1916 à 17 heures au Bois de Hem. Il avait 22 ans. 

Le troisième disparu que j'évoquerai est le cousin germain du précédent. Arnaud Hidondo est en effet le fils de Pierre, frère d'Engrâce, la mère de Jeanne et Arnaud Etchart. Il naît le 17 août 1882, dans la maison Althabegoïty, celle de sa mère, Marie Inchauspé. Lui aussi est d'abord dispensé car soutien de famille en tant que fils de veuve et aîné de sept enfants. En 1906, il est réserviste.

Au moment de la déclaration de la guerre, il a 28 ans. Affecté au 58e régiment d'artillerie de Bordeaux, son régiment de rattachement, il servira pendant la "campagne contre l'Allemagne" du 13 août 1914 au 13 juin 1918, date à laquelle, il meurt dans l'ambulance qui le transporte, des suites des ses blessures de guerre. Le lieu de son décès n'est pas mentionné.

Arnaud est le dernier nom de la plaque des morts de 14-18 d'Aussurucq, il allait avoir 36 ans.

* En avril 1917, le 42e RI perdra plus d'un millier d'hommes en une seule semaine au Chemin des Dames.

jeudi 12 novembre 2015

Vie et mort de trois poilus nés dans le même village (I)

Il n'aura échappé à personne que nous étions hier le 11 novembre. Sur le site Mémoire des Hommes, un gros travail d'indexation collaboratif a été entrepris pour annoter les 1,4 millions de fiches que compte actuellement la base des Morts pour la France de la Première Guerre Mondiale. Faute de temps, je n'y ai pas participé mais j'ai voulu apporter ma petite pierre à l'édifice en me penchant sur les morts du village souletin d'Aussurucq, au Pays basque.

Je me suis souvenue d'une photo que j'avais prise sous le porche de l'église. Douze noms figurent sur une plaque en marbre. Dans la précipitation ou sous le coup de l'émotion, le graveur s'est trompé dans les dates, il a indiqué 1914-1916 alors que trois poilus du village sont bien tombés en 1917 et un en 1918. Comme quoi, l'expression "gravé dans le marbre" est parfois sujette à caution... 

Après m'être penchée sur le destin de chacun de ces disparus en consultant leurs livrets militaires, j'ai choisi de vous parler de trois d’entre eux. Commençons par celui qui m'est le plus proche puisqu'il s'agit du frère de mon grand-père paternel. Michel Eppherre naît le 14 février 1895 dans la Maison Etcheberria, d'Elisabeth Irigoyen (1858-1942) et de Dominique Eppherre (1851-1928). 

Il est le huitième d'une fratrie de onze enfants dont mon grand-père Pierre né le 30 septembre 1901 est le dernier. Entre eux, un frère et une sœur sont morts en bas âge, ce qui me laisse penser que ce Michel de 6 ans 1/2 son aîné a dû beaucoup compter pour le petit Pierre. A la suite de la mobilisation générale d'août, Michel est incorporé le 16 septembre 1914 comme soldat de 2e classe. Il n'a pas 20 ans. 

Le 5 octobre 1915, il rejoint le 60e Régiment d'infanterie dit "l'as de cœur" regroupé à Besançon. [Sources : Chtimiste.com]. De février à mars 1916, le 60e RI livre la terrible bataille de Verdun. C'est là que le 22 février, Michel disparaît au lieu-dit le Bois des Caures. Il faudra attendre le 4 mai 1921 pour que son décès soit acté et reporté sur le registre d'état civil d'Aussurucq. 

Dans leur sécheresse ces dates encadrent le triste destin de ce jeune homme de 21 ans, à la silhouette trapue comme souvent chez les Basques : 1,64 m, des yeux gris (ceux de mon grand-père étaient bleus) et des cheveux noirs. Un jeune agriculteur qui ne connaîtra jamais la joie d'être père et laissera dans la peine ses parents, ses trois sœurs et trois frères aînés, et bien sûr un petit frère inconsolable ...

[A suivre]

mardi 3 novembre 2015

Les registres de Guillaume Apheça, "marchand de palombes"

Le Niger - Collection  P. Ramona
Mon dernier billet sur les Lohitçun originaires d'Aussurucq, berceau d'une partie de ma famille paternelle, faisait état de quatre sœurs aux destins différents mais qui toutes avaient été mères un jour. Une fois de plus, il me faut revoir ma généalogie. En effet, en transcrivant l'acte de mariage de la petite dernière, Elisabeth, daté du 14 octobre 1851, je me suis aperçue qu'un des témoins était son beau-frère, un certain Arnaud Ihitz, de Sauguis.

Histoire de brouiller les pistes, une cinquième sœur, Marie, née le 15 septembre 1827 (oui, je sais encore une Marie !) s'était en effet mariée dans le village de son promis, Sauguis. Ce 19 février 1849, elle avait uni sa destinée à celle d'Arnaud Ihitz, frère cadet de sa belle-sœur Marie laquelle venait d'épouser à Aussurucq son frère Pierre le ... 13 février, soit moins d'une semaine auparavant. J'imagine que chaque famille partageait ainsi la charge de deux mariages "croisés" et rapprochés.

Une fois cette découverte faite, il ne me restait plus qu'à établir la descendance de cette nouvelle branche grâce aux registres numérisés de Sauguis-Saint-Etienne. Arnaud et Marie ont eu neuf enfants entre 1849 et 1863 avec comme toujours, leur lot de décès en bas âge, trois bébés et une fillette de 13 ans. Ma surprise fut néanmoins de ne trouver aucun mariage ni descendance chez les cinq survivants. En tout cas, pas dans leur village natal, ni dans les environs.

Et c'est là que j'ai eu l'idée d'aller faire un tour du côté des registres de Guillaume Apheça. Souletin lui aussi, né à Domezain-Berraute en 1828, c'était un agent d'émigration de l'agence Colson à Bordeaux. Avec son frère Jean, il organisa le voyage de quelque 15000 émigrants basques entre 1856 et 1913. Guillaume supervisait leur départ depuis Saint-Palais tandis que Jean, installé à Buenos Aires, les accueillait dans ce qu'on appelait au 18e siècle le pays de La Plata (les territoires d'Uruguay, Paraguay et Argentine autour de ce fleuve).

Guillaume Apheça, dont les registres ont été retrouvés par hasard dans une maison de Béhasque, était ce qu'on appelait un "uso martxanta", un "marchand de palombes", en référence à cet oiseau migrateur bien connu des Basques. En 1892, un rapport parlementaire fait état de 79000 départs de France ces 50 dernières années vers Montevideo et Buenos Aires dont les deux tiers de Basques.

Mais revenons à nos enfants Ihitz. Le 5 février 1874, le dénommé Pierre Ihits (sic), originaire de Sauguis, embarque sur le Niger de la Cie des Messageries Maritimes en partance vers l'Amérique du Sud. Il est accompagné par une de ses sœurs dont on ne connaît pas le prénom. L'année suivante, une certaine Marie Ihitz, âgée de 21 ans, elle aussi native de Sauguis, quitte la France le 5 octobre 1875. Le registre ne mentionne ni le nom du bateau ni la destination.

Marie Lohitçun, sœur cadette d'une autre Marie, mon AAAGM, et Arnaud Ihitz avaient eu un fils, Pierre, né le 19 août 1851 et une fille, Marie, née le 29 septembre 1854 (donc bien âgée de 21 ans en 1875). Je n'ai aucune certitude mais il me plaît de penser que, telles les palombes de leurs montagnes, ils se sont envolés vers d'autres horizons...