lundi 28 décembre 2015

Quand une ville porte le nom d'une date

Editor : Pedro Eppherre, Cigarreria y Libreria
Voici quelques temps, ma belle-sœur m'envoie cette carte postale trouvée sur le net. Ce n'est pas tant le sujet qui m'interpelle, un bâtiment d'architecture classique dont la légende nous apprend qu'il s'agit d'une banque argentine, que le nom de l'imprimeur, Pedro Eppherre. Lorsque je la reçois, je la mets de côté, et n'y pense plus.

Et puis, voilà qu'à Noël, j’évoque en famille mes trouvailles récentes sur la branche argentine des Eppherre, et la carte me revient à l'esprit. On peut la dater facilement du début du 20e siècle puisque celui qui l'envoie note "avril 1909". Et mon frère de se rappeler alors que parmi la famille que nous venions d'évoquer, il existait un Pedro Eppherre.

Né le 20 septembre 1876 à Morón, province de Buenos Aires. ce Pierre (déclaré Pedro) est le septième d'une fratrie de onze enfants, celle d’André (ou Andrès) Eppherre, le frère de mon arrière-grand-père paternel Dominique (1851-1928) et de son épouse Gabrielle Arcurux, native d'Abense-de-Haut (lire ici). Du moins, grandes sont les probabilités pour que ce soit lui. Pour en avoir le cœur net, il me faudrait connaître l'origine de la carte, or j'ai beau la retourner, je ne trouve pas...

En revanche, une date est mentionnée : "Nueve de Julio" (9 juillet). Et à y regarder de plus près, je trouve ça bizarre. Mue par une intuition soudaine, je google cette "date" et apprend qu'il s'agit en fait d'une ville argentine située sur la Route Nationale 5 à 275 km à l'ouest de Buenos Aires et environ 250 de Morón.

Poursuivant mes recherches, je tombe sur la page Facebook du journal de cette ville de près de 48000 habitants aujourd'hui, fondée en 1863 ... un 27 octobre* (et non pas un 9 juillet**). J'y retrouve la trace de Pedro dans un article consacré à l'arrivée du phonographe à Nueve de Julio*. "Il fut l'un des premiers à vendre [des phonographes] au début du XXe siècle dans sa "cigarreria". J'imagine qu'il s'agissait d'un grand bazar doté d'une imprimerie..

Et voilà, on aimerait en savoir davantage sur la vie de cet aïeul. Est-il venu seul ou avec le reste de la famille ? A-t-il fait souche, voire fortune ? Encore des questions sans réponses... Et deux constats en guise de conclusion : l'entraide est essentielle à la généalogie et, de temps de temps, il ne faut pas hésiter à soumettre celle-ci à un regard neuf ...

* Sources : Wikipedia et Facebook  
** Le 9 juillet est en fait le Jour de l'Indépendance argentine

lundi 21 décembre 2015

La vie mystérieuse de Scholastique E., enfant naturelle (III)

Mauricio Flores Kaperotxipi
Patience et persévérance sont les deux mamelles de la généalogie. Parmi les premiers destins auxquels je me suis intéressée, celui de Scholastique Eppherre vient de connaître un nouveau rebondissement !

Dans les deux billets que je lui avais consacrés, les observateurs auront peut-être remarqué un grand absent. A chacun de ses mariages, si Scholastique apparaît comme "fille naturelle", mention est bien faite d'un père, un dénommé François, cadet de la maison Eppherre à Barcus. Elle porte du reste son nom et non celui de sa mère, comme son demi-frère Jean Uthurburu, né lui de père inconnu...

Jusque là, je n'avais pas trouvé la trace du père "naturel" de Scholastique mais je ne désespérais pas. J'avais bien remarqué sur de nombreux actes de Tardets la présence comme témoin d'un certain François Eppherre mais rien pour le relier à mon "héroïne". A son sujet, je dois dire que si l'on devait décerner la palme du civisme, il l'emporterait haut la main ! 

Entre 1800 et 1820, il apparaît un nombre incalculable de fois dans les actes de baptême, mariage et décès de sa commune comme témoin. Coutelier de métier, il disparaît pendant de longues périodes (peut-être était-il itinérant ?) mais dès qu'il est là, on a l'impression qu'il passe sa vie à la mairie ! C'est ainsi que j'ai réussi à le retrouver et à reconstituer son histoire.

Né vers 1767 ou 1768 à Barcus, il a eu Scholastique en 1787 à 19 ou 20 ans, Engrace Uthurburu, née quant à elle vers 1764, était donc un peu plus âgée que lui. Pourquoi leur fille est-elle dite enfant naturelle alors qu'elle porte le nom de son père et que celui-ci est nommément mentionné dans ses actes ? Mystère. Au moment de son premier mariage en 1814, elle vit dans la maison de son grand-père paternel à Barcus. Peut-être est-ce lui, le chef de famille, qui l'a reconnue et accueillie ? 

François, entre temps, s'est établi à Tardets où où il s’est marié le 3 Ventôse an V (21 février 1797) à l'age de 30 ans, Il a épousé Marie Agie dite Destein, née en 1768, elle-même fille naturelle d’Arnaud Agie et de Marie Jeanne Destein. Ensemble, ils auront quatre enfants, Dominique, né le 21 décembre 1797, Gracieuse, le 6 juillet 1801, Jean, le 29 septembre 1804 et Philippine, le 15 mai 1806. 

Seules les filles auront une descendance, Jean est mort en bas âge et Dominique... a disparu*. C'est le mari de Philippine, Pierre Ponsol, qui à son tour déclare le décès de son beau-père François, le 30 janvier 1844 à Tardets dans la maison Destein. L'histoire ne dit pas si celui-ci avait revu sa fille aînée avant de mourir...

Scholastique aura eu en tout cas de nombreux demi-frères et demi-sœurs entre Barcus et Tardets, du côté de son père comme de sa mère, un bel exemple de famille recomposée !  

* C'est un des nombreux mystères qui entourent cette famille mais qui sait, peut-être comme son père, réapparaîtra-t-il quelque part ?

vendredi 11 décembre 2015

Bisbilles autour d'une église de village

Voilà encore une trouvaille due à Gallica. Il s'agit d'un fait divers rapporté par "Le Petit Parisien" (autoproclamé plus gros tirage des journaux du monde entier !) du 19 août 1911. Le correspondant basé à Pau, apporte un éclairage sociologique à sa brève. Il précise en effet que la tradition veut qu’au Pays basque, les hommes se placent en haut dans la tribune tandis que les femmes et les enfants se tiennent en bas dans le chœur. Il ajoute que les paroissiennes ont eu le temps de s’enfuir lors de la chute de la tribune !
On imagine l’émoi dans ce petit village souletin qui à cette époque, comptait 518 âmes ! Malheureusement pour eux, les villageois n’en étaient pas quittes pour autant avec les risques que leur faisait courir la vétusté de leur église ! Celle-ci va en effet donner lieu à un différend entre le préfet des Basses-Pyrénées et le conseil municipal d’Aussurucq, un an plus tard.
Le 26 novembre 1912 en effet, en pleine séance de la Chambre des Députés à Paris, le représentant des Basses-Pyrénées, Léon Pradet-Balade (Saint-Palais,1863-Bayonne, 1931), interpelle le ministre de l’intérieur lors des questions au gouvernement. Il demande à ce dernier s’il est dans son intention de faire appliquer les lois de 1905 et 1908 concernant les églises. Il se méfie dit-il des préfets et prend pour exemple … Aussurucq !
Et d’expliquer en séance le contexte : la commune d’Aussurucq était prête à restaurer le clocher de son église « qui menaçait ruine » prenant en conseil municipal « une délibération demandant au préfet l’autorisation de faire une coupe de bois [dans les bois communaux] pour un montant de 4900 F, somme correspondant exactement au devis des réparations » ce, afin de procéder à la reconstruction dudit clocher.
Quelques temps après, le maire reçoit du préfet une réponse « laconique et sèche », selon M. Pradet-Balade, refusant l’adjudication [des travaux], arguant que « la loi de séparation [de l’Eglise et de l’Etat] n’autorise aux communes que les réparations des édifices du culte ; elles ne peuvent entreprendre des travaux ni de construction ni d’embellissement ». 
Très en verve, le député sous-entend alors que le préfet n’a pas lu le dossier, resté pourtant en souffrance six mois en préfecture ! Le reste relève de « Clochemerle » quand il apparaît, toujours dans la bouche de M. Pradet-Balade, que le préfet « faisait des niches au maire d’Aussurucq » pour une sombre affaire de désaccord au sujet de la construction de la maison d’école [logement de l’instituteur] sur fond de favoritisme. 
Le maire ne cédant pas et menaçant le préfet de saisine du Conseil d’Etat, celui-ci tentait alors de « l’intimider en lui interdisant de procéder à l’adjudication du clocher». En bon avocat qu’il est, le député Pradet-Balade conclut en rappelant aux préfets « leur devoir de justice », stigmatisant « leurs errements et leurs actes de tyrannie et d’arbitraire intolérables.» 
Le ministre de l’intérieur promet alors « d’examiner les faits » et l’assure que son « plus vif désir [est] que l’administration soit juste et agisse conformément à l’intérêt du public.» On le voit, les débats de notre actuelle assemblée nationale n’ont rien à envier à ceux qui avaient cours il y a un siècle. Il est également amusant de noter que Léon Pradet-Balade était lui-même fils de sous-préfet…
*sources : Wikipedia

vendredi 4 décembre 2015

Cousines à la mode ... du Pays Basque

Pastorale à Alçay -  Ed. Ichoureguy
En 2010, je vivais dans un pays lointain et, à peu près à la même époque, je m'étais inscrite sur un réseau social connu. Comme le font nombre d'entre nous, je recherchais aussitôt les personnes portant le même nom de famille que moi, d'autant que le mien est plutôt rare. C'est ainsi que commença mon amitié "virtuelle" avec Noëlle.

Quand j'ai commencé la généalogie, je lui ai posé quelques questions sur ses origines, persuadée peut-être de façon présomptueuse que j'arriverais à établir que nous étions "cousines". Mais de même que mon arrière-grand-père était une "pièce rapportée" à Aussurucq, le grand-père de Noëlle avait fait souche à Sauguis en épousant une aînée Garicoix. Dans un de mes premiers billets, je m'autorisais à traiter mes ancêtres de "coucous" bien que notre nom signifie "perdrix" mais il est vrai que les cadets basques n'avaient pas beaucoup de choix...

Une fois de plus, ma bonne fortune passa par les livrets militaires. Je trouvai celui d'un Jean Eppherre, né le 17 janvier 1893 à Alçay, fils de Jean Eppherre et de Marie-Anne Iribarne. Jean, nous apprend son livret, a été pendant la grande guerre affecté au service auxiliaire pour cause de forte myopie. Dans la marge, je notais la mention d'une adresse en 1939 chez Garicoit (sic) à Sauguis. Noëlle se renseigna auprès de ses tantes qui confirmèrent qu'il s'agissait bien du grand-père.

Sachant que ma propre branche venait d'Alçay et de Sunharette (les deux villages ont été regroupés avec un troisième en 1833 et forment depuis la commune souletine d'Alçay-Alçabehety-Sunharette*) reconstituer notre parenté n'était plus qu'affaire de patience. Je retrouvai d'abord  l'acte de mariage des parents de Jean et l'acte de naissance de son père prénommé Jean aussi, et exerçant la profession de meunier.

Jean Eppherre, l'arrière-grand-père de Noëlle donc, est né le 15 septembre 1861 dans la "maisonnette" de Methola. Il se marie le 26 janvier 1891 avec Marie-Anne Iribarne, d'Alçay elle aussi. Outre Jean, la fratrie comptera Raymond (1892-1980), marié à Marguerite Onnainty, Sébastien (1898-1936) marié à Marie Houret, et Magdeleine (1900-1928), mariée à Jean-Pierre Lartigue. Peut-être d'autres que je n'ai pas trouvés... 

Et le lien avec moi me direz-vous ? J'y viens. Ce Jean était le fils de Jean-Pierre Eppherre dit Recalt (Sunharette,1818-Alçay,1888) et d'Engrâce Jauréguiberrry dite Luherry (Lacarry,1824-Alçay,1878). Lequel Jean-Pierre (ou Pierre selon son acte de naissance le 6 novembre 1818) est le frère cadet de Raymond Eppherre dit Harismendy (Sunharette, 1817-1896), mon arrière-arrière-grand-père (sosa 16).

Noëlle et moi sommes donc cousines parce que nos arrière-arrière-grands-pères étaient frères. Cousines lointaines, certes, mais cousines !

Je m'y suis rendue en avril dernier, chacune a son église et son cimetière. L'église d'Alçay est ravissante !  

mercredi 2 décembre 2015

Émigration basque : et si l'on parlait des femmes ?

Ayacucho - Provincia de Buenos Aires 
Récemment, j'ai lu un article très intéressant consacré à une jeune femme chargée de mission à l'Office public de la langue basque, sous le titre : "Nous avons évincé par inadvertance les femmes de l'histoire de l'émigration basque". Elle y citait le cas de cette femme émigrée à laquelle on ne demandait jamais son témoignage alors qu'elle avait quitté son pays natal au même titre que son mari.

Par hasard, je venais de lire sur le blog de l’association souletine Ikerzaleak le récit de la découverte incroyable d'archives d'un autre agent d'émigration que Guillaume Apheça déjà mentionné ici. La liste des émigrants de ce "fonds Vigné", étant classée par noms mais aussi par communes, j'allais tout de suite voir ce que me réservait Aussurucq. 

23 noms, 19 hommes, 4 femmes, partis entre 1887 et 1913 sur différents navires mais tous à destination de Buenos Aires. Pour donner une idée de ce que cet exode représentait, la population du village était de 570 habitants en 1886 (472 en 1921)*. La première à partir par l'entremise de Jean Vigné est Marie Serbielle de la maison Etchatz. Elle a dix-sept ans et est la benjamine de la famille.

Je l'ai déjà mentionnée dans un précédent billet, sa mère est Marguerite Lohitçun, l'une des sœurs de mon arrière-arrière-arrière-grand-mère. Elle est née le 25 juillet 1870 et a donc bien 17 ans lorsqu'elle embarque le 16 novembre 1887 sur le "Ville de Saint-Nicolas". Elle part seule apparemment, en tout cas par cette filière. Le prochain candidat au départ ne quittera Aussurucq que le 5 septembre de l’année suivante.

Ma première réaction est de rechercher Marie dans le census de Buenos Aires de 1895. Je ne la trouve pas mais en revanche, je découvre une autre Marie Serbielle (nom qui selon les actes varie de Serbielle à Servielle, en passant par Serviel, Serbiel et même Cerbiel !). A l'âge de 23 ans, elle épouse à l'église "Nuestra Senora de los Dolores" le 25 janvier 1881 un dénommé Jean Lagarde âgé de 25 ans.

Le nom des parents étant mentionné sur l'acte de mariage, elle est bien la fille de Pierre (Pedro) Serbielle et de Marguerite (Margarita) Lohitçun. Il s'agit, je pense, de Marie née le 12 décembre 1857 à Aussurucq. Un an plus tard, on retrouve la famille Lagarde à Ayacucho, en pleine pampa, au cœur des Sierras des Tandil à quelque 320 kilomètres au sud de Buenos Aires, La ville compte tout de même plus de 11000 habitants en 1881* (contre 3000 en 1869 !). 

Le 2 février 1882 est baptisé Juan en l'église "Purificacion de la Virgen Maria". Le 10 octobre 1883, c'est le tour de sa sœur Margarita. A ce stade de mes recherches, je n'ai rien d'autre à ajouter au sujet de cette famille. Le livre reste ouvert comme souvent en généalogie. Et la petite Marie dans tout ça ? Est-elle arrivée à son tour à Ayacucho pour y retrouver une sœur, un beau-frère et des neveux, et commencer une nouvelle vie ? 
¿Quién sabe?

* Sources : Wikipedia