vendredi 29 avril 2016

Une histoire de jumeaux et de gueule cassée

Ernest Gabard - 1915
Pour mon retour, j'ai choisi de m'intéresser à une branche de ma généalogie que je n'avais pas encore abordée : les Eppherre de Saint-Goin. Je les ai découverts par hasard ou plus exactement par le truchement de Maïté, rencontrée via Geneanet. Les ancêtres de son mari étaient apparentés à des Eppherre et elle m'a donc ouvert de nouveaux horizons côté béarnais.

Entendons-nous, Barcus, le berceau souletin de la famille, et Geüs d'Oloron et Saint-Goin se tiennent dans un mouchoir de poche, Prenons Saint-Goin, petite commune de 221 habitants aujourd'hui (260 au début du 20e siècle), elle est limitrophe de Geüs au nord, de Barcus à l'ouest et de Géronce au sud. Je suis quasiment certaine que récemment encore, les "cousins béarnais" parlaient basque entre eux.

Je me suis intéressée plus particulièrement à la famille de Dominique Eppherre (encore un ! je ne sais plus si je l'ai déjà évoqué ici mais c'est une tradition familiale de donner ce prénom aux aînés. Tradition dont j'ai moi-même hérité). Donc, ce Dominique-là est né le 25 janvier 1859 à Geüs d'Oloron. Le 11 février 1869, il épouse une béarnaise de la même commune répondant au joli nom de Jeanne-Marie-Julie Labonté.

Leur fils premier né, prénommé Jean (Jeanne-Marie a peut-être mis son veto à la coutume, qui sait ?) naît le 20 avril 1889 à Saint-Goin, le village voisin. Dominique y est métayer. L'année suivante, sa femme met au monde des jumeaux, Jean-Baptiste et Pierre, en plein cœur de l'été, le 18 juillet 1890. Les grossesses gémellaires sont rares dans ma généalogie et j'aurais aimé que le destin de ces deux-là soit plus souriant. Hélas, ils meurent tous les deux à l'âge de trois mois et à quelques semaines d'écart : Jean-Baptiste le 10 et Pierre le 29 octobre... Mortalité infantile, encore.

Ils seront suivis d'un autre Pierre, le 24 mai 1892, de Marcel, le 9 janvier 1894, de Julie, l'unique fille de la fratrie le 21 mai 1896, et enfin de Jean-Baptiste Henri qui naîtra lui à Geüs, le 1er janvier 1901. J'ai retrouvé les livrets militaires des garçons, tous sauf le dernier issus de ces classes de jeunes hommes qui payèrent un si lourd tribut à la patrie...

Prenons Marcel. Il a tout juste 20 ans quand la guerre éclate. Il est agriculteur et vit à Geüs d'Oloron. Sa mère, Jeanne-Marie est décédée sept ans auparavant, son père est toujours vivant. Il est incorporé le 16 décembre 1914 comme soldat de 2e classe. Parti au front le 3 juillet 1915, il est blessé à la tête par un éclat d'obus à Douaumont le 27 février 1916. Evacué le même jour, il est réformé temporairement. 

Le rapport de la commission de réforme fait froid dans le dos : "Perte de substance osseuse de la table interne de l'occipital de la région supérieure gauche par suite d'une fracture du crâne". Il touchera une gratification de 500 francs et sa réforme temporaire sera renouvelée année après année par la commission des réformes de Pau avant d'être rendue définitive le 15 juillet 1921 ! 

Cela ne l'empêchera pas de revenir exercer sa profession d'agriculteur à Geüs et de s'y marier le 24 avril 1922 avec une demoiselle Catherine Hondarette. Les Basques ont la tête dure ! D'après son livret militaire, il a travaillé plus tard pour EDF. J'ignore combien d'enfants a eu le couple mais Marcel meurt le 30 mai 1963 à Oloron-Sainte-Marie à l'âge de 69 ans...
     
Pour illustrer ce billet, j'ai choisi une aquarelle d'un artiste béarnais que je ne connaissais pas, Ernest Gabard (1879-1957) . On lui doit le personnage de Caddetou. Sources : Wikipedia

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